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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 18:56

[Actuellement, la BMV n'a pas de livres de Patrick Deville (Pura Vida, Kampuchéa, Equatoria, etc.) ; prochainement nous aurons Peste & choléra, biographie romancée du biologiste Alexandre Yersin.

Le Rédacteur de ce blog a une opinion ambivalente sur l'écrivain, qui va du rejet à l'acceptation. Les critiques négatives peuvent-elles encourager la lecture ? Nous l'espérons, et mettons en ligne ce compte-rendu de Pura Vida , écrit à l'automne 2004 et paru dans le numéro d'hiver de la revue Ici Tiquicia, Bulletin de l'Association France-Costa Rica.

Vos réactions sont les bienvenues.]

 

Deville, Patrick

 

 "Pura vida" ou "Viva la muerte" ?

 

Le livre de Patrick Deville Pura Vida, paru au début 2004 (Seuil), nous entraîne dans le kaléidoscope de l'histoire de l'Amérique Centrale et de la Caraïbe. L'auteur parle d'emblée "du grand music-hall de l'histoire" (p. 13).

A travers des images colorées organisées en structures rhapsodiques (des lieux typés comme les bars rythment le récit), c'est un voyage dans la tête de ses personnages de Bolivar à Castro, en passant par Sandino, Somoza, le Che et – c'est là le hic – William Walker. Les héros de Patrick Deville se drapent dans le romantisme de l'échec, tous réunis, amalgamés, devant un peloton d'exécution.

Le sous-titre du livre, "Vie & mort de William Walker", attire notre attention sur ce personnage honni de l'histoire costaricienne. Mercenaire financé par les esclavagistes du Sud des Etats-Unis, il est "missionné" pour installer leur ordre social et économique en Amérique Centrale. Patrick Deville dit cette chose vraie, mais sans insister, que "son prestige est immense auprès des sudistes, qui voient se réaliser gräce à lui le Destin Manifeste." Au Costa Rica il échoue, vaincu par un sursaut patriotique à la bataille de Santa Rosa (1856), événement devenu depuis, à juste titre, le symbole de l'indépendance et de la démocratie victorieuse en Amérique Centrale (voyez le Monument National et la sculpture de Carrier Belleuse à San José).

Tout cela, Patrick Deville ne veut pas le savoir. Son William Walker, dit-il, est "ridicule et sublime" (p. 17). L'histoire  et la science historique sont aperçues, "montrées", mais tenues à distance. L'Histoire y est malgré tout présente, que ce soit l'évocation d'un 16e siècle coloré avec la vie de Gonzalo Fernández de Oviedo, auteur de l'Historia General y natural de las Indias (50 volumes) ou celle bien documentée des trafics de drogue de Castro et du sacrifice en 1989 de ses "fusibles", le général Arnaldo Ochoa et Tony de la Guardia. L'auteur liquide le Monumento Nacional en 18 lignes (p. 234) ; il rejette les statufications anciennes pour pouvoir héroïser "le méchant".

Son héros est Kurtz, comme le personnage de Conrad dans Au cœur des ténèbres. Lecteur avide de Byron (mais qui ne l'était pas en 1820 ?), marqué par une blessure amoureuse (mais ne savons-nous pas que "il n'y a pas d'amour heureux"), il s'achemine vers son néant. C'est une marche au supplice : chaque épisode de sa vie rapporté par le livre se terminant par l'incantation scandée : "et il lui reste un an à vivre", "et il lui reste neuf jours à vivre", etc.

Le problème c'est que s'il n'avait pas existé, ses commanditaires en auraient trouvé un autre, lui aussi amateur de Byron ou de Shelley, comme ils l'ont fait d'ailleurs, en imposant de façon à peine plus subtile leur forme d'exploitation de l'homme par l'homme par le biais des multinationales. Relisez donc Mamita Yunai ! (de Carlos Luis Fallas ), Patrick Deville, il est vrai, pour faire plaisir à sa gauche, parle de "la United Fruit de mauvais souvenir" (p. 182) et sait que les Etats Unis ont vaincu : "les descendants de William Walker ont finalement gagné la guerre économique, et occupent touristiquement le pays." (p. 235). Il y a en effet des "mauvais souvenirs" encore très présents.

L'auteur écrit après la fin de l'histoire. Droite et gauche, les idéologies se valent toutes et le méchant vaut le martyr. L'auteur monte des parallélismes difficilement défendables entre William Walker (le "Marcheur", comme Johnnie du même nom, "still going strong") et le Che, tous deux médecins, déracinés, lettrés (problème : Walker n'a pas laissé grand chose pour ce qui est de l'écriture, et l'auteur le regrette), idéalistes (rêve impossible) et tous deux frappés par un chagrin d'amour.

Mais quelle confusion quand Patrick Deville imagine que son William Walker a pu prendre pour modèle à imiter Lord Byron luttant et mourant pour la liberté du peuple grec ! La liberté ! Est-ce au nom de cette valeur que William Walker s'est jeté sur l'Amérique Centrale ? N'est-ce pas plutôt pour satisfaire son avidité mercenaire et sa jouissance névrosée du pouvoir ?

Une métaphysique du mal est affirmée contre l'idéalisme révolutionnaire. Le Che en Christ de Mantegna est mentionné – c'est à la fois honnête et roublard – et aussitôt balayé d'un revers de la main. L'histoire est finie, la révolution est finie nous dit Patrick Deville. La phrase de Simon Bolivar "Celui qui sert une révolution laboure la mer" (El que sirve a una revolución labra el mar) est utilisée par l'auteur en leitmotiv, symbole de "A quoi bon ?", alors que chez le Libertador elle veut stimuler l'énergie du désespoir. D'ailleurs Castro, nous explique Deville, même au début était pourri jusqu'au trognon.

Facile d'affoler la boussole de certains : Christophe Kantcheff dans Politis (4 mars 2004, n° 791) ne voit dans ce livre que "les révolutionnaires oubliés d'Amérique Centrale" et pleure quasiment sur William Walker. Quelle confusion !

 

Cela dit, le doute mortifère est une drogue difficile à fuir. Et il est vrai que ce livre exerce une insidieuse séduction sur le lecteur. L'auteur y promène son mal de vivre et nous donne à voir, là aussi, le kaléidoscope d'une vie nomade, vraie ou imaginaire, peu importe, c'est le texte qui compte.

Ainsi sa rêverie, à l'érotisme à peine esquissé (et d'autant plus puissant) sur la servante Alina à Managua, s'achève brusquement sur une vision de l'échec et de la fuite, inévitables : "Et puis un jour, on laisserait la voiture sur le parking de l'aéroport Sandino, la clé sur le contact. On disparaîtrait. Alors mieux qu'elle ignore tout de ce funeste projet." (p. 116)

L'écriture devilienne, d'un impressionnisme grinçant, est un philtre puissant. Le lecteur est sans cesse ramené au néant :

"Le grand mont Picacho point vers des nuages au couleur de gaz ou de métaux grisâtres, argent et titane, plomb, zinc, manganèse ou aluminium, sous lesquels des vautours noirs, zopilotes dont seule palpite au vent l'extrémité des longues rémiges, dessinent des sinusoïdes ascendantes sur le ciel au-dessus des montagnes, comme des fragments de vieux journaux brûlés au-dessus d'un incinérateur." (p. 171)

Comme devant une ancienne "vanité", nous ne pouvons nous empêcher de contempler ces objets chatoyants extraits de l'Histoire, tout en gardant dans le regard le sablier du temps qui passe et la mouche de la putréfaction.

 

Bernard Cassaigne

 

 

Deville, Patrick, William Walker's Filibusters

 

 

Costa Rica, San José, Monumento Nacional, b

 

 

 

 

 

 

 [Le portrait de Patrick Deville est antérieur à novembre 2011 et provient du Haut Parleur magazine, guide culturel de la métropole Nantes Saint-Nazaire ; la gravure des "flibustiers" au repos après la bataille de Granada au Nicaragua (1856) est citée par l'American Social History Project et provient de J. W. Orr, Frank Leslie’s Illustrated Newspaper, May 3, 1856 ; la dernière photo représente William Walker en fuite devant les républiques d'Amérique Centrale sur le Monument National de San José au Costa Rica. La sculpture est du Français Louis-Robert Carrier-Belleuse. Selon la tradition, le bras tendu a été modelé par Rodin.]

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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 09:10

Pour ce jeudi, jour de poésie – vive jeudi – nous avions prévu pour le blog de mettre en ligne un poème de René de Obaldia, extrait d'Innocentines, You spique angliche.

Normal. Les billets poétiques ont quelquefois parlé anglais récemment, Wordsworth, Herrick, et ce n'est pas fini.

Il semblait logique de publier un poème qui se moque gentiment de la langue de Chèquespire (comme dit Obaldia). Un instant on a pensé au Prévert du Mer Sea (voyez ici Chant Song), mais le texte nous a paru finalement trop grave pour cette rentrée.

C'était donc Obaldia, auteur de théâtre certes, mais aussi poète.

René de Obaldia, Wiki

Nos lecteurs connaissent ses Innocentines : ce livre se trouve à la BMV et peut être emprunté.

Pour mettre You spique angliche sur le blog, nous avons voulu jouer le jeu juridique et en obtenir la permission. Nous supposons, sans pouvoir le prouver, que d'autres blogs utilisent ce texte (et bien d'autres textes) sans rien demander à x ou à y. Un peu de Google vous le montrera. Pour obtenir cette permission, nous avons d'abord envoyé fin mai, une lettre à Grasset, éditeur de René de Obaldia. Pas de réponse. A partir du 14 juillet, avant de prendre des vacances, la Bibliothèque a récidivé par courriel. A suivi un échange abondant et quelquefois surréel. Du temps a passé. Finalement, le 31 août, une autorisation est venue de l'éditeur. Sans payer de droits, nous pouvons citer le poème You spique angliche. Merci beaucoup. Mais ce n'est que pour un an, et il faudra demander un renouvellement. C'est plus difficile : dans un an, si le blog existe encore (ce que j'espère), ce sera avec un autre rédacteur. Il oubliera peut-être de demander un renouvellement, ou il oubliera de transmettre la consigne ; c'est humain. Le Rédacteur actuel ne veut pas faire ce cadeau à ses successeurs. Donc changement.

La Bibliothèque de Vouvray rend quand même hommage à René de Obaldia. D'abord vous pouvez lire sur Internet le poème You spique angliche en cliquant ici. Vous en trouverez un extrait substantiel qu'apprennent les enfants des écoles en cliquant . En surfant un peu, vous trouverez d'autres pages qui parlent d'Obaldia et de sa poésie. Nous vous recommandons celle-ci, avec le fameux "geai gélatineux geignant dans les jasmins", où un certain type de prof en prend pour son grade.

Le site de l'Express (ici) propose un entretien du 22 septembre 2011. Ne manquez pas la photo.

 

Mais vous aurez quand même un texte complet. Le site du Printemps des Poètes propose, dans sa section "Passeurs de poèmes", des textes "libres de droits, utilisables à but non lucratif", ce qui est notre cas.

Nous y trouvons un texte de René de Obaldia, nommé poème, mais qui ressemble beaucoup à une scène de théâtre. Voici ce texte. Il est daté de 2008. C'est une merveille !

 

 

 

Happening

 

Les portes du théâtre viennent de se refermer. Salle comble. Le rideau se lève.
Un lit à baldaquin occupe toute la scène. Enfouis sous les couvertures, Oscar et sa femme. Un temps assez long. Oscar, subrepticement, sort du lit ; il se laisse glisser sur le sol, enfile ses pantoufles, resserre les cordons de son pyjama. Sa femme qui n’est pas dupe de son manège se dresse brusquement, et d’une voix de crécelle :
- Où vas-tu, Oscar?
- M’asseoir avec les spectateurs.
- T’asseoir avec les spectateurs !
- J’en ai assez de ta peau, tu comprends ? Assez de ta peau.
- J’en changerai, mon amour, ne me quitte pas, j’en changerai.
OSCAR, entre ses dents. – Facile à dire !
- Je t’en supplie ; après toutes ces années passées côte à côte, tous ces couchers de soleil contemplés ensemble… Oscar, pour l’amour de notre amour…
Oscar ne veut pas l’entendre. Il s’avance sur la scène, s’apprête à gagner la salle. Voici que des coulisses surgit un homme d’une cinquantaine d’années, chauve, exaspéré : c’est le Directeur du théâtre.
LE DIRECTEUR. – Qu’est-ce que c’est que ce bordel ?... Rien à voir avec la pièce, ce que tu fais là.
OSCAR. – Rien.
LE DIRECTEUR. - Tu te fous de ma gueule, non ?
OSCAR. – Oui.
Le Directeur, plus chauve que jamais, sort alors un revolver de sa poche et tire trois coups de feu sur Oscar. Blessé à mort, celui-ci tombe à jamais dans le trou du souffleur. Sa femme retape son oreiller, s’assied confortablement, et avec jubilation :
- Pas trop tôt…Quel mufle !

Les spectateurs vocifèrent.

RIDEAU

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18 septembre 2012 2 18 /09 /septembre /2012 18:27

Elle s'est déroulée avant-hier, dimanche 16 septembre.

Nous avions le même emplacement que l'an dernier.

Voyez les images des brocantes passées en cliquant ici et , ou encore .

 

Voici quelques images de la cuvée 2012.

Les jours d'avant :

LiVOU-2-9281.JPG

Le 16 septembre à 6h30 ; on n'est pas les premiers :

LiVOU-2-9355.JPG

Le petit matin :

LiVOU-2-9364.JPG

Puis…

Brocante-12--IMG_9371.JPG

C'est pas chez nous :

Brocante-12--IMG_9372.JPG

On continue :

Brocante 12, IMG 9377

18h : il reste des livres mais il n'y a plus de clients :

Brocante-12--IMG_9384.JPG

C'est fini, il faut remballer :

Brocante-12--IMG_9389.JPG

 

Brocante-12--IMG_9390.JPG

 

Bilan :

216,20 euros (recette)

-          22,00 euros (emplacement)

--------

194,20 euros (bénef)

467 livres vendus soit 46 c le livre en moyenne.

Par rapport à 2011, on a vendu 75 livres en moins, mais gagné 28 euros en plus.

 

Comme disait le panneau à droite du stand : "Avec la vente des livres en double ou inutilisés, les bénévoles de la Bibliothèque municipale achèteront des livres neufs. Merci à tous les donateurs."

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14 septembre 2012 5 14 /09 /septembre /2012 09:21

Comme toutes les bibliothèques, la Bibliothèque de Vouvray a, parmi les "documentaires", une section appelée "Fonds Régional" (cote FR, quelquefois H). Bien des livres sont encore dans les cartons, faute de disponibilité des bibliothécaires : c'est là qu'un bibliothécaire professionnel serait utile, pour nous donner du temps et permettre d'avoir le recul indispensable !

Il y a inévitablement des livres sur les châteaux, sur le Val de Loire (inscrit, vous le savez, au patrimoine mondial par l'UNESCO) et quelques documents sur Vouvray. Nous avons, bien sûr, le livre de Josette François sur Vouvray avant Balzac, précieux travail de démographie historique. Il y a aussi l'étude d'Alain Lecomte : Charles Vavasseur (1867 - 1950) : leader de la droite tourangelle d'une guerre à l'autre, sur l'homme  qui fut maire de la commune de 1909 à 1944.

Une seule monographie sur Vouvray même, l'étude de Chauvigné. Elle date de 1909, mais nous avons un facsimilé (Lafitte Reprints) de 1974. Ceux qui ne le connaissaient pas y apprennent le mot ampélopsie qui concerne la culture de la vigne. C'est le sujet principal du livre qui en fournit un tableau complet après la crise du phylloxéra et avant l'introduction de la méthode dite "traditionnelle".

Il y a beaucoup d'autres choses à la BMV et le patrimoine on le trouve aussi ailleurs. Il suffit d'ouvrir les yeux.

Par exemple, ne manquez pas de regarder (en cliquant ici) les "Cartes postales de Touraine" présentées par le Conseil Général. Il y en a actuellement rien que 185 pour Vouvray…

Les chanceux ont pu voir l'exposition présentée en juin dans la salle Lilas de Val ès Fleurs. Une exposition qui n'a duré que 4 jours ! Quand on pense à tout le travail qu'elle supposait et auquel Pierre Gicquel avait consacré plusieurs semaines. Ce membre du Conseil municipal est soucieux de la sauvegarde du patrimoine, notamment industriel. L'exposition, elle-même témoignage précieux, ne peut pas être perdue. Il faudrait la péréniser.

expo--IMG_7483.JPG

 

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expo--IMG_7491.JPG

Une présentation simple et efficace du patrimoine de la commune.

Gaudissart, Chappe, Charles Bordes n'étaient pas oubliés.

On voyait les bâtiments en train d'apparaître (le groupe scolaire) ou bien malheureusement perdus (l'édifice de Justice de Paix, à côté de l'église).

Certains injustement ignorés et ne devant leur survie qu'à une attitude volontariste.


Barrage sur la cisse

Nous pensons aussi à ceux qui sont menacés et qui malheureusement risquent de disparaître.

Des photographies, des cartes postales, des plans, des articles de journaux, des textes administratifs anciens bien calligraphiés.

Un exemple, au sujet du bac de Montlouis qui permettait de traverser le fleuve et de venir à Vouvray : un texte de 1842, provenant des Archives Départementales, montre que le passeur, souvent ivre, confiait le travail (pourtant pénible et périlleux) à sa femme ou à un enfant. Quel merveilleux témoignage du passé !

Autre exemple, quelle surprise de voir la place d'Holnon plantée de jeunes arbres, si frêles,


place-d-Holnon--1915.jpg

là où nous avons aujourd'hui d'imposants platanes !

Ouvrez les yeux, le patrimoine vous attend.


Hôtel des tramways

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13 septembre 2012 4 13 /09 /septembre /2012 09:35

 

Whenas in silks my Julia goes,

Then, then (me thinks) how sweetly flowes

That liquefaction of her clothes.

 

Next, when I cast mine eyes and see

That brave vibration each way free;

O how that glittering taketh me!


 

Robert Herrick

(1591-1674)

 

 

 

Quand Julie s'avance en robe de soie,

comme j'aime à voir couler, si exquise,

la fluidité de son vêtement ;

 

et puis, tandis que mon regard se pose

sur la robe qui frémit et s'élance,

ô l'enchantement de cette lumière !

 

 

Traduction par Floris Delattre (1880-1950).

 

 

 

 

Le poème de ce jeudi a été écrit par Robert Herrick, poète anglais du 17e siècle. Il est très célèbre, et certains de ses textes (surtout Corinna's going a Maying et To the Virgins, to make much of time) sont dans bien des anthologies. Les lecteurs français le connaissent peu, les étudiants anglicistes mieux, surtout quand son œuvre est à l'agreg (son recueil Hesperides était au programme vers 1985, je crois).

Pourtant c'est un Français qui, un des premiers, l'a vraiment étudié, il y a exactement un siècle : la thèse de Floris Delattre a été publiée chez Félix Alcan en 1912.

Herrick est trop souvent considéré comme le chantre cultivé de l'amour. C'est tout. En réalité il est très complexe. Certains l'ont vu, comme le Néo Zélandais Sydney Musgrove en … 1950. Lisez, si vous voulez, la notice de Wikipédia en français. On y rapproche To the Virgins du Mignonne, allons voir…, sans dire que le carpe diem se trouve ailleurs, chez Horace bien sûr, mais jusqu'à Si tu t'imagines de Raymond Queneau. Si vous savez de l'anglais, voyez  dans cette langue la notice de Wikipedia et commencez un surf qui vous conduira, je l'espère, à Luminarium, à l'Université de Newcastle, et à la "Poetry Foundation" de Chicago.

Robert Herrick a souvent été mis en musique et d'abord par ses contemporains, William et Henry Lawes. Cliquez ici et vous entendrez To the Virgins dans la version de Thomas Ravenscroft chantée par le Hilliard Ensemble (il y a le texte).

Sur ce poète, beaucoup d'autres choses pourraient être dites, et beaucoup de questions : sur ce "delight in disorder" ? et cette "cleanly wantonesse" ?

Comment s'accommodait-il de tant d'épigrammes souvent plats et toujours orduriers ?

Ce sera tout pour aujourd'hui en français. Mais regardez le portrait de notre poète, gravé par William Marshall, pour le frontispice du recueil Hesperides (1648) :

 

Frontispiece.jpg

 

 

 

Two words on Robert Herrick, since your search engine has led you here. Your French isn't what it used to be? It doesn't matter, although you know perhaps that one of the first real studies of Herrick was in French, by Floris Delattre, in 1912, exactly a century ago. And I suppose that you have seen the University of Newcastle's remark: "knowledge of other languages, especially Latin, is still needed to search for suspected allusions in Herrick".

Your search engine will necessarily lead you to the pages on Herrick at the University of Newcastle. Like me you will wait impatiently for the publication of the two volumes of Robert Herrick's poetry (especially the second) at OUP.

This poetry isn't the assemblage of easy-going gilt-edged lines about love. It raises many questions. Some were perceived half a century ago by Sydney Musgrove in his essay The Universe of Robert Herrick, Auckland University College Bulletin, no. 38, English Series, no. 4 (Auckland: Pelorus Press, 1958). Make a bee-line to it. Your library will surely provide it. As it will provide 'Lords of Wine and Oile', Community and Conviviality in the Poetry of Robert Herrick, edited by Ruth Connolly and Tom Cain, Oxford University Press, september 2011.

You have noticed that certain words traditionaly never used about Robert Herrick, like sex (for cleanly wantonesse) are now pronounced. Much is to be discovered, or uncovered.

About the poem I have chosen, an analysis by Richard J. Ross: Herrick's Julia in silks can be read in Essays in Criticism (1965) XV (2): 171-180. You will find on the Internet, if you click here, the essay by Seth D. Clarke, Redefining Sexuality in the Poetry of Robert Herrick, posted in december 2011. We can meditate this sentence: " I would argue that perhaps poetry itself, the act of writing these poems was in itself an act of sexuality for Herrick." As an echo, the ambiguous "fancie" in the poem I have chosen to close these remarks, one of the numerous "On himselfe" poems (here, p. 17 in L.C. Martin's edition or n°43 in J. Max Patrick's edition). Thank you for having read this far.  

 

BC 

 

 

Young I was, but now am old,  

But I am not yet grown cold;  

I can play, and I can twine  

'Bout a Virgin like a Vine:  

In her lap too I can lye  

Melting, and in fancie die; 

And return to life, if she

Claps my cheek, or kisseth me;

Thus, and thus it now appears

That our love out-lasts our yeeres.

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6 septembre 2012 4 06 /09 /septembre /2012 09:14

C'est un ruisselet qui chemine

Entre les glais

Sous le troëne et l'églantine ;

Il va du pied de la colline

Jusqu'au marais.

 

Son flot clair et léger déferle

Sur le granit

Et son onde retombe en perles.

Au chant des pinsons et des merles

Sa voix s'unit.

 

Autour de mon bras l'eau se plisse

Et fait un rond

Quand je recherche l'écrevisse

Sous le vieux bouleau que tapisse

Le liseron.

 

Quand de ses dents blanches ma mie

Fera craquer

Une carapace rougie,

Le soir à la table fleurie

D'un gros bouquet,

 

Dans sa prunelle cristalline

Je reverrai

Le petit ruisseau qui chemine

Plein de rayons, sous l'églantine

Au cœur doré.

 

 

Henri Trillaud

(1882-1922)

 

Cotlequin, 26 Mai 1919

 

 

 

Pour cette rentrée, voici à nouveau un poème d'Henri Trillaud, après  L'enfant aux bluets, début juillet.

Henri Trillaud (1882-1922) était instituteur dans la Vienne.

Le ruisseau de Cotlequin provient du même recueil, Sur la Vonne, publié par les Éditions "Aujourd'hui", Collection des Primaires, en 1923.

On disait aussi Coetloquin ou Coetlequin, comme on le voit sur la carte de la fin du 19e siècle (merci à Géoportail). Il y avait un moulin.


Cotlequin--Carte-19e-siecle--Geoportail.JPG

Aujourd'hui on écrit Cotelequin. C'est un lieu-dit situé à l'Ouest de Vivonne.

 

Cotlequin--Carte-IGN.JPG

Le ruisseau se jette dans la Vonne. Y a-t-il encore des écrevisses ?

Le poème est dédié au peintre Henri Pailler, qu'Henri Trillaud avait connu à Poitiers.

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5 septembre 2012 3 05 /09 /septembre /2012 16:48

Hier soir les bibliothécaires se retrouvaient. Les lecteurs, nombreux, les avaient précédés, mais la BMV, elle, n'était pas en vacances, puisque la réouverture c'était à la mi-août. Pendant la canicule, il y faisait très bon.

Réunion de rentrée donc, ce mardi 4 septembre.

LiVOU-2-9153.JPG

D'abord quelques informations, venant de l'OCIV, par exemple (rien à Jallanges en 2013), ou cette lettre reçue de la Gemeindebücherei (Bibliothèque communale) de Randersacker à qui nous avions envoyé la plaquette sur Stefan Andres.

Ensuite l'organisation de notre stand à la Brocante de Vouvray le 16 septembre prochain.

Puis le calendrier des permanences, objet principal de cette réunion. Des bibliothécaires à toutes les séances (mardi, samedi et vendredi, maintenant que les vacances scolaires sont terminées).

Fin octobre, nous recommencerons, toujours avec le sourire.

LiVOU-2-9156.JPG

 

 

[Au mur le poème de Laclavetine sur Vouvray. Il est dans ce blog. Cliquez donc  ici.]

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31 août 2012 5 31 /08 /août /2012 08:26

 

LiVOU-2-8158.JPG

 

 

 

[Nuages vus d'avion, au loin la Finlande, 31 juillet 2012, photo BC]

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20 juillet 2012 5 20 /07 /juillet /2012 13:14

 

Constable--clouds--Volpe--d.jpg

 

 

 

 

[John Constable, Etude de nuages, 28 juillet 1822, The Frick Collection, New York. Voir d'autres oeuvres du peintre présentées en 2006 par la National Gallery of Autralia (Canberra) dans le cadre de l'exposition : "Constable:impressions of land, sea and sky".]

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19 juillet 2012 4 19 /07 /juillet /2012 13:49

Sur une étagère poussiéreuse
Avec plein d'autres objets abandonnés
Un petit cheval me regarde
Comme s'il me demandait de le prendre dans mes bras
Mais que faire de lui ?
J'ai haussé mes épaules
Et je suis partie en galopant


2
Le temps passe sur
l’étagère de la boutique du monde
et les poussières aussi
Un hennissement sort du capharnaüm
Le cheval que j'ai vu jadis
est toujours là ;
Il m'attend, me suis-je dit
Comment le décevoir
Il est cher pour ma bourse et je n’ai pas de place
Mais cette fois en partant
nous avons galopé ensemble


3
Bras dessus bras dessous
J'ai amené un cheval dans mon royaume
Je l'ai bien astiqué pour lui ôter sa solitude
Et ses peurs
Sur sa patte gauche une blessure
Et dans le cœur un trou
J'ai remarqué combien le temps l'avait maltraité
J'ai bien soigné ses bobos
Qui t'a fait ça ?
Il a baissé les yeux et a commencé
à se balancer
Chez moi tu seras roi, lui ai-je promis
et près du lit je l'ai fait dormir
je ne voulais pas lui donner de mauvaises habitudes
comme on fait avec les hommes, les chiens et les chats
j'étais obligée


4
Ce matin, mon cheval me demande de sortir
il me dit que ma chambre
est tout petite pour galoper
il a besoin des champs
des montagnes
des arbres
de l'odeur de la liberté
...
Ô petit cheval de bois
fais comme moi
rêve!


5
arrête de me regarder
avec tes yeux doux !
dois-je croire que tu me vois ?

arrête de me parler
je ne comprends pas la langue des chevaux

arrête de me donner des coup de pieds
tu veux peut-être
que je t’embrasse ?


Ô ! petit cheval de bois
penses-tu que mon baiser
te transformera
en prince ?

cheval de bois?
ton visage pourtant
me sourit .



Maram Al Masri

 

 

Petit-cheval-de-bois.JPG

 

Maram Al Masri, poète syrien, vit à Paris depuis 1982.

Ce texte inédit lui a été commandé par le Printemps des Poètes dans le cadre "Enfances 2012". Il a été publié ensuite avec d'autres textes par les éditions Bruno Doucey dans le recueil La robe déchirée.

Vous pouvez lire une présentation par son traducteur François-Michel Durazzo, sur InterRomania (site du "Centru Culturale Universitariu di Corti").
Vous verrez sur le site de
Monde en poésie une vidéo de l'entretien qu'elle a accordé en septembre 2011 à Mariejosé Alie.

Poète, femme, arabe, musulmane, écoutez-la dire son engagement dans l'entretien donné lors de la publication de Par la fontaine de ma bouche en mars 2011. Comme l'écrit son éditeur, "une femme libre fait l’amour aux mots".

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