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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 08:22

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L’Étranger

 

- Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?

- Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.

- Tes amis ?

- Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.

- Ta patrie ?

- J’ignore sous quelle latitude elle est située.

- La beauté ?

- Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.

- L’or ?

- Je le hais comme vous haïssez Dieu.

- Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?

- J’aime les nuages... les nuages qui passent... là-bas... là-bas... les merveilleux nuages !

 

 

Charles Baudelaire


 

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Ce poème en prose est paru en 1862 parmi quatorze petits poèmes en prose, avec une lettre à Arsène Houssaye, où on peut lire :

"Quel est celui de nous qui n'a pas, dans ses jours d'ambition, rêvé le miracle d'une prose poétique, musicale sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s'adapter aux mouvements lyriques de l'âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience ?"

L'Étranger est le poème liminaire.

Une publication posthume, Petits poèmes en prose, I (1869), rassemble ces textes. Le sous-titre c'est Le spleen de Paris, par lequel le recueil est souvent désigné.

Si cela vous paraît utile, lisez ce commentaire pour le bac français.

Mais lisez surtout l'essai de Jean-Michel Maulpoix, "J'aime les nuages…" extrait de La poésie comme l'amour, Mercure de France, 1998.

Enfin, vous écouterez L'Étranger enregistré par Léo Ferré en juin 1967. Il vous faudra supporter une faute d'orthographe dans la transcription du texte.


 

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[Les illustrations sont des études par Constable, faites vers 1820.]

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