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25 octobre 2012 4 25 /10 /octobre /2012 06:42

Flor negra 

 

Set pous i set nits de les més llargues es van ajuntar perquè nasqués. I mil formigues van donar la vida perquè tingués el seu color i la seva mena de vernissat. Sembla un clavell arrissadíssim i amida un pam. S'obre durant setanta nits-nits : les més fosques, les més quietes, les més mortes. La busquen a les palpentes per fer-ne l'ungüent que fa patir. Aquest ungüent es posa darrera de les orelles, entre els dits dels peus, a la part interior de la cuixa esquerra… Frega fort i dorm tranquil que el mal es va fabricant tot sol. Al cap de dos dies i de dues nits et despertes amb una pena tan grossa que no et deixa respirar. Una bella pena per a poder-te creure important ; una pena de roc i de sal, una pena amarga de fetge i d'entranya profunda, una pena arrapada al coll com un clou clavat amb martell, una pena de deu mil quilòmetres, una pena que et mata el pobre cor i t'hi atura la sang perquè s'hi podreixi. Una pena que, com les penes més grosses, no es pot explicar. No la deixis fugir ; si aquesta pena se n'anés, tornaries a no ser ningú.

 

Mercè Rodoreda

 

Rodoreda--Flor-negra--wordle--5-mai-2009.JPG

 

 La fleur noire

 

Sept puits et sept nuits des plus sombres ont dû s'accoupler pour qu'elle naisse. Et mille fourmis ont donné leur vie pour qu'elle ait leur couleur vernissée si particulière. On dirait un œillet frisé, grand comme la main. Elle s'ouvre pendant soixante-dix nuits noires : les plus profondes, les plus silencieuses, les plus mortes. On la cherche à tâtons pour en fabriquer l'onguent qui fait souffrir. Cet onguent, on le met derrière les oreilles, entre les orteils, sur la partie interne de la cuisse gauche… Frotte fort et dors tranquille : le mal va se faire tout seul. Après deux jours et deux nuits, tu te réveilles avec une douleur si forte qu'elle t'empêche de respirer. Une belle douleur pour que tu ne puisses plus faire l'important, une douleur comme une pierre et comme le sel, une douleur amère qui vient du foie et du fonds des entrailles, une douleur agrippée au cou comme un clou enfoncé au marteau, une douleur de dix mille kilomètres, une douleur qui tue ton pauvre cœur et y arrête le sang pour qu'il y pourrisse. Une douleur qu'on ne peut expliquer, comme les douleurs les plus fortes.

Ne la laisse pas s'enfuir ; si cette douleur s'en allait, à nouveau tu ne serais plus rien.

 

Traduction Bernard Cassaigne

 

 

 

Ce poème est extrait du dernier livre publié du vivant de Mercè Rodoreda. Il s'agit de Viatges i flors, paru aux Edicions 62 en 1980. Dans la collection El balancí, on le trouve pp. 93-94. Mercè Ibarz (Rodoreda: exili i desig, Empúries, 2008) nous dit que Flor negra a été écrite à Paris au début des années 50. La traduction française de Bernard Lesfargues est prête mais cherche encore un éditeur. Je tiens à remercier ici Ana Lucía De Bastos de Casanovas & Lynch Agencia Literaria S.L qui m'a donné l'autorisation de publier le texte catalan sur le blog, au nom de la  Fundació Mercè Rodoreda . J'y joins ma traduction.

Il a déjà été question ici de Mercè Rodoreda, la dernière fois à propos du livre Miroir brisé, récemment acquis par la BMV. Si vous vous reportez au billet qui lui est consacré, vous trouverez des liens utiles sur ce grand auteur catalan.

En illustration, une version wordle du poème, faite en mai 2009 (© BC), et un bois gravé de E-C Ricart qui date de 1944, sans rapport direct, et pourtant...


Ricart.JPG

 

 [Vull agrair aqui a Ana Lucía De Bastos de Casanovas & Lynch Agencia Literaria S.L. pel permís d'utilitzar le text Flor negra sobre el bloc de la Bibliothèque Municipale de Vouvray (BMV). Sense oblidar la Fundació Mercè Rodoreda, imprescindible fons dels escrits de l'autora.]

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commentaires

Ana Lucía De Bastos 18/06/2013 18:11

Rien :)! belle traduction