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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 08:35

 

L'automne est passé, l'hiver est venu,
L'automne a passé qui vers l'inconnu
Emporte bien loin nos mélancolies.

Doux ciel de l'hiver, ô pâle ciel bleu,
Que je t'aime ! et comme auprès d'un bon feu
L'aile de nos coeurs frileux se replie !

S'il pleut sur la mer et s'il grêle, eh bien,
Nous nous enfermons, nous n'en savons rien,
Et nous n'osons pas regarder les voiles.

Que les verts sentiers, tout blancs aujourd'hui
Nous paraissent gais, et comme la nuit,
Nous nous souvenons des blondes étoiles !

Nous nous rapprochons, nous nous aimons mieux…
La lueur du feu jette dans les yeux
Un éclair de pourpre et d'or qui flamboie,

Et si, le matin, le ciel se fait clair,
Dans son manteau blanc frissonne l'hiver
Tout illuminé d'un rayon de joie !
 

 

 

Maurice Bouchor

 

 

 

Ce poème, écrit par Maurice Bouchor, est paru dans le recueil Les Poëmes de l’Amour et de la Mer  en 1876. L'auteur avait vingt-et-un ans. Le voici alors, dessiné par Georges Rochegrosse (détail ; source, Gallica).


Bouchor--portrait.JPG

Plusieurs de ses poèmes ont servi à des compositeurs pour écrire des mélodies, à la fin du 19e siècle et au début du 20e. Quatre de ses textes, dont celui-ci, ont été utilisés par Charles Bordes. Dans ce blog, voyez ici ou .

Si votre curiosité vous y pousse, reportez-vous au blog "Autour de Charles Bordes" vous y verrez un billet, à la date du 21 août 2011, écrit par celui qui trace cette phrase. Il contient une présentation plus complète de Maurice Bouchor. Lisez aussi la page qui lui est consacrée sur le site de Gilles Picq.

On trouve ici et là sur Internet des remarques sur Maurice Bouchor. On lui en veut d'avoir écrit plusieurs livres utilisés dans les écoles. Bien des gens ont suivi une pente qui les a menés vers une certaine condescendance envers Maurice Bouchor.

Cela dit, le surf a ses vertus. Que votre souris vous mène au blog "le bibliomane moderne" et allez au billet du 19 février 2009.  Vous découvrirez cette Ballade du livre, publiée par Bouchor le 1er février 1890 (il a 35 ans). Le bibliothécaire ne peut résister au plaisir de vous en citer une strophe :

Jeune homme ignorant de la vie,

Mais qui te sens déjà hanté

Par l'amour, n'as-tu pas envie

De savoir comme il fut chanté ?

Avant l'heure d'être tenté

Goûte l'illusion de vivre

Dans notre doux monde enchanté,

Le meilleur ami, c'est le livre.

 

On peut voir dans le poème Hiver une promesse érotique. On sent la chaleur du feu jouer sur la peau, on a envie de se rouler dans la fourrure.

 

Nous nous rapprochons, nous nous aimons mieux…
La lueur du feu jette dans les yeux
Un éclair de pourpre et d'or qui flamboie

 

C'est bel et bon, très bon même. Cependant, voyez cette secrète souffrance : le monde est là, avec ses incertitudes :

 

             S'il pleut sur la mer et s'il grêle, eh bien,
             Nous nous enfermons, nous n'en savons rien,
             Et nous n'osons pas regarder les voiles.

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commentaires

Marc DUPUY 29/11/2012 11:03

Poème subtile où la mélancolie automnale fait place à cet espoir qui nous est propore !