Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
4 janvier 2011 2 04 /01 /janvier /2011 22:10

C'est par un livre "désherbé" que nous commençons la nouvelle année et marquons le 70e anniversaire de son auteur. La BMV a hérité de cet ouvrage, destiné aux plus de 3 ans. A la Bibliothèque Départementale d'Indre-et-Loire d'où il provient, il a dû en laisser plus d'un perplexe, ce qui explique qu'il soit venu sur nos étagères où il restera. Il est en excellent état.

Delessert--Etienne--Chanson-d-hiver--a-copie-1.jpg

Publié par Gallimard en octobre 1988, il s'intitule Chanson d'hiver et son auteur est Etienne Delessert.

Dans on édition originale, ce livre a été publié en anglais, aux Etats Unis, par Farrar Straus & Giroux en mai 1988.

Delessert--Etienne--A-long-long-song.jpg

Le texte, d'où provient le titre de l'album, ce sont les paroles d'une comptine (nursery rhyme) dont voici une traduction aussi fidèle que possible :

Tout en marchant, chant, chant,

Je chantais une chanson très gaie, gaie, gaie,

Le chemin que j'avais pris était si long, long, long,

Et la chanson que je chantais était si longue, longue, longue,

Que j'allais en chantant, tant, tant.

C'est tout. Cinq vers très simples. Voici le texte original : 

And I was going along, long, long,

A-singing a comical song, song, song,

The lane that I went was so long, long, long,

And the song that I sung was so long, long, long,

And so I went singing along.

Voyez aussi la traduction de Monique Palomares dans "Mama Lisa's World". La traduction proposée par Gallimard s'écarte sensiblement de l'original. L'auteur en est vraisemblablement Etienne Delessert, suisse et francophone. Ses différences n'éclairent pas l'album, au contraire :

Ai marché, longtemps marché déjà,

Siffloté un air vif, bigarré.

Mon chemin, de tours en détours, n'en finissait pas.

Et j'oubliais la mélodie de mes chansons.

Il était temps de repartir.

 

Avec les images, nous sommes loin de la sage illustration de Blanche Fisher Wright que l'on trouve dans le recueil The real Mother Goose (1916) :

Delessert--Etienne--asiwasgoingalong.gif

Delessert a entouré le personnage principal, celui qui dit "Je" (cf la couverture de l'édition américaine), de créatures fantastiques et l'a doté de pouvoirs mystérieux. Avec sa cohorte colorée, il traverse un paysage d'hiver. Deux chasseurs qui les visent pour les tuer sont gelés, figés, par ce personnage qui étend les mains pour faire justice.

Après les avoir traversés, dépassés, la joyeuse bande arrive en vue d'un hôtel de ville (très américain, de style néo-classique, avec ses colonnes ; voyez la couverture de l'édition française ; on se croirait dans le Connecticut où vit Delessert). Il s'y déroule dans la nuit une folle sarabande. Des personnages d'abord menaçants apparaissent. Ainsi le hibou au bec puissant tient une victime dans ses serres. Une main vient interrompre le carnage. Un pic est en train de s'en prendre à une colonne de l'hôtel de ville : on sent que l'ordre de la civilisation n'en a plus pour longtemps. Des vers de terre sont consommés pendant que monte la musique. D'inquiétants rats sortent des poubelles : la révolution contient aussi des dangers. Deux grands chats viennent partager la joie de tous.

Et puis le voyage continue, l'hiver disparaît, voici les herbes et les fleurs. Le héros dit adieu à ses amis à qui il a fait traverser dans l'allégresse les dangers de l'hiver.

Ce résumé de l'album est déjà une interprétation. D'autres sont sans doute possibles. Il paraît que les enfants américains l'ont très bien accueilli. La fantaisie à laquelle Delessert s'abandonne, correspond à leur imagination. Nous somme loin, ici, des stéréotypes véhiculés trop souvent à destination de l'enfance par les médias.

Vous pouvez, si vous le souhaitez, pénétrer vous aussi dans cet univers surréaliste. Ne laissez pas les enfants seuls, s'approprier de ce livre. Voyez les autres livres d'Etienne Delessert et la petite exposition que nous organiserons pour ses 70 ans.

Ces livres sont lumineux ; toute lumière est bonne ; faites nous part de vos impressions et commentaires.

 

BC

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Jim 04/02/2011 11:46


C'est de cette liberté que nous avons besoin, en espérant que cet esprit restera longtemps en nous et pas seulement pendant l'enfance. Quant aux dégâts dans les classes, les scandaleuses
suppressions de postes vont en faire d'autrement sérieux !

Jim


SB 21/01/2011 12:32


Allez dans les classes, Voyez les dégâts : trop de liberté nuit aux enfants. Ce livre contribue à fabriquer des délinquants. Vive la discipline !

SB