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31 janvier 2010 7 31 /01 /janvier /2010 21:39

Voici un billet prêt depuis longtemps et qui chez nous, à la Bibliothèque Municipale de Vouvray, a été soumis à plusieurs lecteurs "informatisés", et modifié selon leurs remarques.

 

Devant les progrès constants du numérique, les bibliothèques s'interrogent et proposent des livres électroniques à leurs lecteurs.

Les remarques qui suivent veulent montrer comment cette mutation est vécue dans une petite bibliothèque rurale d'Indre-et-Loire.

Plusieurs lecteurs ont pris au mot la Bibliothèque Départementale et emprunté (ou tenté) des livres électroniques qu'elle propose. L'inscription a été laborieuse. La Bibliothèque Départementale s'est assurée auprès des bibliothécaires que les demandeurs étaient bien des lecteurs inscrits. C'est normal, mais les délais sont quelquefois invraisemblables (deux mois…). Il a été demandé un numéro de code et un mot de passe aux candidats. Encore des données à retenir, avec cette incertitude de ne pas savoir ce que le prêteur en fait. Car le vrai prêteur n'est pas la Bibliothèque Départementale, mais une entreprise privée dont le nom ne sera pas dit ici.

         La Bibliothèque Départementale, cependant, propose un catalogue. En octobre 2009, il était de 81 livres où on trouvait l'inévitable Elégance du hérisson, mais surtout des ouvrages pratiques comme ceux édités par la revue L'Etudiant sur les différents métiers. Très utiles sans doute, mais ce genre de livres vieillit mal.

Un catalogue que les lecteurs ont trouvé peu attrayant et sans intérêt.

Comme on passe par le site de l'entreprise sus-mentionnée, on voit que ce marchand de livres numériques sait faire de l'argent en proposant ce qui se vend. Allez-y voir, vous serez édifiés : pour la modique somme de 6,29 euros, vous pourrez acquérir Sexe, meurtre et capuccino aux éditions Harlequin.

Le découragement gagne ceux qui sont parvenus jusque-là. Les autres ont été bloqués par le bureaucratisme de l'inscription, ou bien ils pensent que le livre numérique n'est pas pour eux et ne s'inscrivent pas. Ces personnes, pourtant familiarisées avec l'outil informatique, disent qu'elles sont vieux jeu, qu'elles ont des yeux fatigables, qu'elles préfèrent un vrai livre où l'on peut tourner les pages, aller d'avant en arrière et retour comme toujours, en un mot avoir le contact du papier. Nous signalerons au passage que notre lectorat est encore traditionnel : la moitié n'approche pas d'un ordinateur. Dans notre CA de 13 membres, 5 ne sont pas "informatisés".

Mais, nous dit-on, les lecteurs de e-book trouvent cela merveilleux, on n'a pas besoin de rester devant son fatigant écran d'ordinateur. Oui, le service public suggère l'achat d'un lecteur spécial, qu'on peut transporter partout, qui est léger, dont les pages ne s'usent pas et…. Alors qu'il est déjà choquant de suggérer un tel achat, on voit que les modèles sont peu nombreux et qu'il existe des incompatibilités entre eux. Sachant que la technologie peut encore évoluer et que l’e-book, dont on parle déjà depuis 10 ans, a de fortes chances, in fine, de peu ressembler, d’ici quelques années, à celui que nous connaissons.

 

          Si encore la Bibliothèque Départementale proposait hardiment un véritable choix, avec un catalogue attrayant, riche, varié, (non pas 81 titres, mais au moins 8000), voilà qui frapperait les esprits et changerait les attitudes. Nous en sommes loin.

Proposer des livres en papier, les valoriser de notre mieux pour les faire lire par tous, c'est cette tâche que nous continuerons d'accomplir.

 

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commentaires

Anne-Sophie Pascal 20/04/2010 10:33


Je découvre avec retard ce billet, ayant été au moment où il a été publié absorbée par un important changement professionnel. Le 1er février 2010 en effet, je prenais mon poste au SCD de
l'Université de Poitiers, et je quittais, entre autres responsabilités, celui du développement du numérique à la Direction du Livre et de la Lecture Publique de Touraine (nommée "Bibliothèque
Départementale" dans ce billet).
Je remercie M. Cassaigne de ce billet qui met le doigt sur plusieurs points qui posent question lorsque l'on cherche à proposer une offre de lecture numérique en bibliothèque.
Je répondrai seulement à certains points sur lesquels il me semble que mon expérience peut apporter quelques éclaircissements.
Tout d'abord, sur le délai d'inscription des lecteurs: il est vrai qu'il y a eu quelques ratés, concernant des lecteurs de la bibliothèque de Vouvray notamment, qui ont attendu trop longtemps entre
le moment de s'inscrire et celui d'avoir leurs identifiants pour emprunter des livres numériques. De cela je ne peux que m'excuser et assurer que c'est l'exception et non la règle, que la plupart
des lecteurs sont inscrits sinon dans la journée, du moins dans la semaine.
Ensuite, sur le catalogue des ouvrages numériques proposés par la DLLP: en effet, ce sont pour la plupart des livres qui "vieillissent mal", le but étant justement de les renouveler régulièrement
(tous les ans). C'est pourquoi les thématiques "vie pratique", "emploi - formation" et "informatique" ont été privilégiées, dans l'idée que ces thématiques nécessitent un renouvellement constant
des sources d'information, et que l'abonnement à des ressources numériques pouvait avec intérêt compléter l'achat à des livres papier.
Que ces thématiques paraissent "peu attrayantes" et "sans intérêt" pour des lecteurs qui privilégient la littérature ou la recherche (au sens large) me paraît tout à fait juste. Il me paraît
également évident que ces lecteurs en question sont aujourd'hui majoritaires non seulement dans la bibliothèque municipale de Vouvray, mais dans l'ensemble des bibliothèques municipales desservies
par la DLLP. Développer le numérique était aussi envisagé comme un moyen possible de faire venir dans les bibliothèques des publics qui n'y vont pas actuellement, et qui seraient justement
intéressés par des informations pratiques et périssables.
Néanmoins, ayant conscience que ce catalogue numérique ne convenait pas à son lectorat "traditionnel" dont font partie les bibliothécaires volontaires qui sont des relais très importants pour le
développement de notre offre numérique, nous avons au début de l'année 2010 développé notre offre de fictions en numérique, et créé une nouvelle thématique intitulée "Découverte" dans laquelle on
peut retrouver davantage d'ouvrages de fond (philosophie, sociologie...).
Sur le peu d'ouvrages numériques disponibles: c'est vrai, nous avons été timides et n'en proposons qu'une centaine (un peu plus en 2010). J'assume l'aspect "expérimental" de l'offre numérique en
Indre-et-Loire au moment où j'en étais chargée ; aux collègues qui ont pris (ou vont prendre) le relais d'infléchir ou non cette politique. J'ai pour ma part souhaité m'en tenir au stade de
l'expérimentation pour des raisons bassement budgétaires d'une part, pour laisser le temps aux bibliothécaires du réseau et au public de s'approprier l'offre numérique, ses subtilités et ses
diversités, et de nous faire remonter leurs envies et leurs besoins d'autre part, enfin pour des raisons de temps de travail d'autre part. Acquérir des livres numériques, c'est un travail
d'acquisition comme un autre, qui demande du temps et pour lequel, à mon avis, une collaboration entre différentes personnes appartenant à un réseau ne serait pas du luxe. J'avais lancé un appel
pour proposer aux bibliothécaires volontaires et salariés de faire partie d'un comité d'acquisition pour les livres numériques ; je pense que c'est une voie qu'il faut développer, même si bien
entendu j'ai conscience que cela s'ajoute encore aux multiples tâches liées à l'animation d'une bibliothèque municipale.
Je pense d'autre part que le travail de sélection et de valorisation des livres numériques libres et gratuits existants sur le net, que vous menez aussi de votre côté, M. Cassaigne, mériterait une
collaboration entre bibliothécaires municipaux et départementaux, salariés et volontaires, et que ce serait le moyen de proposer un beau catalogue d'au moins 8000 livres, avec des documents libres
de droits et gratuits et des documents payants achetés par la DLLP. C'est un beau projet. Qui commence? La DLLP a mis en place un blog collaboratif, www.tourainemedia.com, qui pourrait tout à fait
accueillir cet effort.
Sur la mercantilité de notre fournisseur de livres numériques, je n'ai pas grand-chose à répondre. Je ne sais pas si la bibliothèque municipale de Vouvray exclut systématiquement de ses rayons les
ouvrages d'un éditeur qui aurait eu le malheur de publier un livre ne répondant pas à ses critères d'exigence, ou si elle refuse de se fournir chez un libraire qui vendrait aussi de la littérature
à l'eau de rose ou des polars écrits rapidement. En tant que bibliothécaire, et en tant que lectrice, ce n'est pas mon cas. Mais il se peut que nous ne soyons pas d'accord sur ce point.
Sur le fait que les lecteurs soient amenés à fournir des données à un prestataire privé pour emprunter des livres numériques: c'est la pure vérité. Mais je vois mal la différence avec l'inscription
d'un lecteur dans un logiciel de bibliothèque, qui est dans la quasi-totalité des cas fourni par un prestataire privé. Ne serait-ce que pour laisser un commentaire sur ce blog, j'ai du rentrer mon
nom, mon e-mail...et la plate-forme de ce blog est bien gérée par un prestataire privé. Je ne dis pas que cela ne pose pas question ; je dis que cette pratique est généralisée aujourd'hui, pas
seulement pour emprunter des livres numériques.
En ce qui concerne l'utilisation de "liseuses" ou "e-book" pour lire des livres numériques: il ne me semble pas que la DLLP ait jamais encouragé l'achat de tels appareils. En revanche, elle en
prête aux bibliothèques de son réseau. Il me semble d'autre part important qu'une bibliothèque informe ses lecteurs des moyens d'accès à la culture et à l'information. De la même manière, une
bibliothèque ne dit pas à ses lecteurs: "abonnez-vous à Internet", mais elle les informe de ce qui est disponible sur Internet. Et si une bibliothèque ne dit pas directement à ses lecteurs "achetez
des livres", elle n'a pas non plus, à mon sens, à avoir une attitude anti-consumériste concernant les biens culturels. Mais peut-être que nos avis diffèrent encore sur ce point.
Sur vos interrogations concernant l'évolution technique des liseuses, vous avez tout à fait raison. Les mêmes interrogations se posent pour les supports DVD et CD.
Je reviendrai simplement sur votre terme liminaire de "mutation". Il me semble un peu fort par rapport à ce que la DLLP essaie de faire avec le numérique, puisqu'il n'a jamais été question de
"passer du papier au numérique", simplement d'essayer de trouver une complémentarité entre les différents supports et les différentes sources d'information. S'il devait y avoir mutation vers le
numérique, ce serait du fait de l'offre éditoriale, de l'implication des auteurs, de l'évolution du marché, de l'appropriation par le public, mais elle ne serait pas initiée par la DLLP.
Enfin, je finirai en signalant que depuis 2010 la DLLP propose aux bibliothèques de son réseau de s'abonner à publie.net, collectif d'auteurs visant à développer l'écriture numérique. L'exigence
qui est ici défendue pourrait vous intéresser, je pense. Peut-être en avez-vous déjà parlé sur votre blog? Je vais faire un tour de vous derniers articles pour m'en assurer.

En espérant ne pas vous avoir assommé par ce long développement, je vous remercie encore de ce billet que je trouve très intéressant et je vous dis à très bientôt, pour discuter de numérique ou
d'autres sujets concernant les bibliothèques et la culture...