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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 22:23

J'ai récemment assisté à une représentation de ce classique de l'opérette, Les Mousquetaires au Couvent. L'action se situe en Touraine en 1628. On y voit le Gouverneur de cette province, deus ex machina bienveillant. Nous sommes au Couvent de... Vouvray. Le problème c'est qu'il n'y a jamais eu de couvent à Vouvray. A Tours, si. Justement ce couvent est celui des Ursulines, et il y a une rue de ce nom à Tours, bien connue des cinéphiles. Nous y reviendrons.

A Neuilly, où se chantait l'autre soir cette opérette, le véritable lien avec Vouvray, d'où nous écrivons, était à l'entr'acte, puisqu'on pouvait y consommer (avec modération) le mousseux qui en fait la gloire. (Note vouvrillonne : les connaisseurs vous diront que le véritable vouvray, c'est le vin tranquille, sec, demi-sec ou moëlleux, et pas le mousseux appelé ici "le" méthode...).

L'opérette n'a que des rapports lointains avec la Touraine. Une affiche d'une représentation à Metz au mois de mai de cette année, glorifie, horreur ! une bouteille de vin rouge (pour les lecteurs de ce blog qui ne le sauraient pas, le vouvray est blanc). Cependant, dans un air célèbre, à la fin du 1er acte, Brissac se demande : "Gris, suis-je gris vraiment, la chose est bien possible ?..." et parle (entre autres liquides) du Bourgogne : "Je les arrose avec largesse de Chambertin et de Pommard..." ; on peut donc comprendre l'Opéra de Metz. Les chansons à boire ne sont pas rares dans les opéras et les opérettes. Simonne (avec deux n), servante-maîtresse de l'auberge, chante l'éloge du vin et sert des rasades à chacun.

Il y est aussi question de la religion. Les attitudes à son égard ont des variations que reflète l'opérette. A la BMV, dans notre fond régional, nous proposons une plaquette de 40 pages qui nous a été donnée. Elle s'intitule L'église de Vouvray. Pas de nom d'auteur ni de date. L'imprimeur seul : J. Bouserez à Tours. Le catalogue de la BNF nous donne la date : ce poème (c'est un poème) est paru en 1858. Une date très intéressante ; pour revenir à nos moustiquaires (pardon : Mousquetaires), l'opéra-bouffe de Louis Varney a été créé en 1880, soit 22 ans après L'église de Vouvray, et il était inspiré par un vaudeville de 1835, soit 23 ans plus tôt. Le poème se situe donc à mi-chemin. Le vaudeville s'intitulait L'habit ne fait pas le moine. Ses auteurs, bien oubliés, en étaient Saint-Hilaire et Duport. Les curieux pourront en lire le texte sur Gallica

Aujourd'hui, Les Mousquetaires au Couvent, c'est un pur divertissement apprécié par ceux qui contribuent au renouveau de l'opérette. 

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A l'arrière-plan du livret, il y avait l'image négative du Cardinal de Richelieu que Dumas avait donnée dans ses Trois mousquetaires. En 1880, un aspect de l'oeuvre frappait ses spectateurs, son anticléricalisme (soft, il est vrai). Les congrégations avaient du plomb dans l'aile, et ce couvent de Vouvray montrait bien ce qui n'allait pas : les jeunes filles contraintes d'approuver une religion sévère et qui ne pensaient qu'à l'amour. Le prêche de Brissac, déguisé en moine (et passablement éméché) sur le sujet, dans une scène célèbre de la fin du 2e acte, pouvait bien scandaliser Soeur Opportune et la Mère Supérieure, mais il réjouissait les auditeurs de 1880. Or que lisons-nous dans L'église de Vouvray de 1858 ? Très sérieux, lui, et pas éméché, le "pasteur assemblant le troupeau..." (p. 5) "ne prêche que ces mots : Amour et Charité" (p. 6). C'est-à-dire amour et amour (les jeunes mariés qui choisissent le passage des Corinthiens sur le sujet, connaissent bien les ambiguïtés d'agapè et de caritas). Certes, ce poème de 1858 est d'une gravité sans faille et les lecteurs qui s'y risqueront devront peut-être réprimer quelque bâillement.

Pour remonter au vaudeville de 1835, L'habit ne fait pas le moine, on notera quelques différences. Le couvent est un carmel (ce qui convient mal à l'intrusion d'hommes, même déguisés en moines) ; justement il y en avait un à Tours, rue... des Ursulines. Le personnage de Simonne

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a le même nom en 1835. Elle commente l'action et aguiche les clients de l'auberge tout en leur servant du vin.

 

Pour terminer ce titubant billet, même si "Neuilly, c'est fini", Les Mousquetaires au Couvent seront souvent chantés, et vous pourrez boire de larges bords,... de vouvray, bien entendu.

 

BC

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