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19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 19:12

Tout le monde connaît ce conte,  mais il y a encore beaucoup à en dire, sans compter que les variantes sont nombreuses. Lisez Les histoires du Petit Chaperon rouge racontées dans le monde publié par Syros en octobre 2008. Voyez dans ce blog le billet du 24 août 2010 qui contient la version tourangelle et le gazouillis.

La BMV en propose plusieurs éditions à ses lecteurs. Aujourd'hui nous parlerons de l'album publié en octobre 1998 par les Editions Bilboquet de Blois. C'est le "texte original de Charles Perrault", "illustré par Eric Battut". Si vous voulez lire le texte seul, cliquez ici. Contrairement à ce qu'annonce le titre, il est difficile de dire que le texte est "illustré". D'une part nous sommes loin d'une époque particulière, comme le 17e siècle de Perrault. Il y a bien le lit à baldaquins, mais ce n'est pas un document et ces rideaux rouges ont une autre fonction. Et en ce qui concerne les paysans d'une époque lointaine, là aussi nous en sommes loin : regardez par exemple la scène de la confection de la galette. C'est d'abord une composition

battut, pcr, galette, 40

où s'affrontent le rouge et le noir. Les objets, motte de beurre, citron, pommes, etc... sont peut-être offerts didactiquement comme sur une planche de dictionnaire, mais la menace est partout présente, à l'intérieur, à l'extérieur.

Comme on le voit, l'effet de ces illustrations sur le lecteur - même d'un peu plus de 4 ans - est puissant et ne peut être éludé. Deux couleurs dominent, le rouge et le noir. La première est partout et dès la page de garde dont les bords évoquent ce sang qui commence à éclabousser. Le paysage est très loin du vert de la forêt et des multicolores fleurs sauvages. Les arbres sont noirs, délimités de rouge, comme les lignes du chemin et des champs. Le soleil est aussi bordé de rouge comme un oeil injecté. Il y a de grands ciels, des collines aux formes douces, mais c'est l'espace du destin où les choix sont décisifs. Ainsi sur cette image

battut--pcr--rencontre--40.jpg

où le loup attend à la courbe du chemin. Il attend patiemment, mais les grands arbres noirs qui le dominent nous disent ce qu'il a à l'esprit. Le texte nous parlant des papillons après lesquels court la fillette, une vignette nous les montre sur la page de gauche, fuyant sur un ciel rouge les arbres menaçants.

battut, pcr, papillons, 80

Quelques pages plus loin, le même paysage avec les trois arbres, mais ce sont des oiseaux noirs cette fois, qui annoncent le dénouement. L'album suit fidèlement le texte sans concessions de Charles Perrault, avec sa brutalité toute factuelle : "ce méchant loup se jeta sur le Petit Chaperon Rouge et la mangea." Avant la moralité versifiée, nous avons à gauche une grande image :

battut--pcr--epilogue--40.jpg

une colline jaune, un ciel noir cette fois - normal, c'est la nuit - et le loup contemplant la lune, rouge pour des raisons tant esthétiques que morales. L'appétit du mal est universel.

On dira que c'est une lecture trop noire - évidemment - d'un livre destiné aux enfants. Peut-être n'y verront-ils pas ces significations, mais ils en sentiront l'efficacité. Et aussi la beauté.

Et dans la simplification de la réalité : le chemin, la ligne du coteau, les rideaux du lit, la langue - rouge - du loup et ses dents, de l'humour.

 

BC

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