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24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 22:31

Ceux qui aiment le célèbre conte liront avec intérêt Les histoires du Petit Chaperon rouge racontées dans le monde, publié chez Syros en 2008. Le livre commence par une version tourangelle du Petit Chaperon Rouge. On peut la lire sur Gallica (domaine public) en cherchant le n° IX (1898-1899) de la revue Mélusine. Le conte a été recueilli en Touraine par M. Légot en 1885 et d'abord publié dans la Revue de l'Avranchin, avant d'être repris par E. Rolland. Ici, seule la grand-mère meurt ; pour la petite-fille, le dénouement est heureux.

En voici notre transcription, qui tout en respectant le texte lu sur Gallica, vise à la clarté.

 

 

L'héroîne du conte s'appelle Jeannette ou Fillon Fillette.

 

Une fois, il y avait une fillette en condition (= en service) qui entendit parler que sa grand'mère était malade ; elle se mit en chemin avec son chien barbet (= chien d'eau français, au poil frisé, ancêtre du caniche) le lendemain pour l'aller voir ; mais quand elle fut bien loin, à une croisée de chemins, elle ne savait pas lequel prendre.

Elle y rencontra un homme bien laid, conduisant une treue (= truie), et à qui elle demanda son chemin, lui disant qu'elle allait voir sa grand'mère malade.

- Il faut aller à gauche, lui dit-il, c'est le meilleur et le plus court chemin, et tu seras vite rendue.

La fillette y alla ; mais le chemin était le plus long et le plus mauvais, elle mit longtemps pour arriver chez sa grand'mère, et c'est avec beaucoup de peine qu'elle s'y rendit très tard.

 

Pendant que la petite Jeannette était engagée dans les patouilles (= passages boueux) du mauvais chemin, le vilain homme qui venait de la renseigner mal, s'en alla à droite par le bon et court chemin, puis il arriva chez la grand'mère longtemps avant elle. Il mit sa truie au tet (= enclos pour cochon, soue). Il tua la pauvre femme, il déposa son sang dans la mette (= huche) et se mit au lit.  Quand la petite arriva chez sa grand'mère, elle frappa à la porte, ouvrit, entra et dit :

- Comment allez-vous ma grand'mère ?

- Pas mieux, ma fille, répondit le vaurien d'un air plaintif et contrefaisant sa voix : As-tu faim ?

- Oui ma grand'mère, qu'y a-t-il à manger ?

- Il y a du sang dans la mette, prends la poêle et le fricasse, tu le mangeras.

La petite obéit. Pendant qu'elle fricassait le sang, elle entendait du haut de la cheminée des voix comme des voix d'anges qui disaient :

- Ah ! la maudite petite-fille qui fricasse le sang de sa grand'mère !

- Qu'est-ce qui disent donc, ma grand'mère, ces voix qui chantent par la cheminée ?

- Ne les écoute pas, ma fille, ce sont des petits oiseaux qui chantent leur langage.

Et la petite continuait toujours à fricasser le sang de sa grand'mère. Mais les voix recommencèrent encore à chanter :

- Ah ! la vilaine petite coquine qui fricasse le sang de sa grand'mère !

Jeannette dit alors :

- Je n'ai pas faim ma grand'mère, je ne veux pas manger de ce sang-là.

- Hé bien ! vient au lit ma fille, vient au lit.

Jeannette s'en alla au lit à côté de lui. Quand elle y fut elle s'écria :

- Ah ! ma grand'mère, que vous avez de grands bras !?

- C'est pour mieux t'embrasser, ma fille, c'est pour mieux t'embrasser.

- Ah ! ma grand'mère, que vous avez de grandes jambes !?

- C'est pour mieux marcher, ma fille, c'est pour mieux marcher.

- Ah ! ma grand'mère, que vous avez de grands yeux !?

- C'est pour mieux te voir, ma fille, c'est pour mieux te voir.

- Ah ! ma grand'mère, que vous avez de grandes dents !?

- C'est pour mieux manger, ma fille, c'est pour mieux manger.

 

Jeannette prit peur et dit :

- Ah ! ma grand'mère, que j'ai grand envie de faire.

- Fais au lit, ma fille, fais au lit.

- C'est bien sale, ma grand'mère ! si vous avez peur que je m'en aille, attachez-moi un brin de laine à la jambe, quand vous serez ennuyée (= contrariée) que je sois dehors, vous le tirerez et vous verrez que j'y suis, ça vous rassurera.

- Tu as raison, ma fille, tu as raison.

Et le monstra attacha un brin de laine à la jambe de Jeannette, puis il garda le bout dans sa main. Quand la jeune fille fut dehors, elle rompit le brin de laine et s'en alla. Un moment après, la fausse grand'mère dit :

- As-tu fait, Jeannnette, as-tu fait ?

Et les mêmes voix des petits anges répondirent du haut de la cheminée :

- Pas encore, ma grand'mère, pas encore !

Mais quand il y eut longtemps, ils dirent :

- C'est fini !

Le monstre tira le brin de laine, mais il n'y avait plus rien au bout.

 

Ce mauvais diable se leva tout en colère et monta sur sa grande truie qu'il avait mise au tet et il courut après la jeune fille pour la rattraper ; il arriva à une rivière où des laveuses lavaient la buie (= buée ; elles faisaient la lessive). Il leur dit :

Avez-vous vu passer Fillon Fillette,

Avec un chien barbette (= barbet)

Qui la suivette ? (= suivait)

 

- Oui, répondirent les laveuses, nous avons étendu un drap sur l'eau de la rivière et elle a passé dessus.

- Ah ! dit le méchant, étendez-en donc un que je passe.

Les laveuses tendirent un drap sur l'eau et le diable s'y engagea avec sa truie qui s'enfonça aussitôt ; et il s'écria :

- Lappe, lappe, lappe, ma grande truie, si tu ne lappes pas tout, nous nous noierons tous les deux.

Mais la truie n'a pas pu tout lapper, et le diable s'est noyé avec sa truie, et Fillon Fillette fut sauvée. 

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