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12 juillet 2012 4 12 /07 /juillet /2012 11:28

It is a beauteous evening, calm and free,

The holy time is quiet as a nun

Breathless with adoration; the broad sun

Is sinking down in its tranquility;

The gentleness of heaven broods o'er the sea:

Listen! the mighty Being is awake,

And doth with his eternal motion make

A sound like thunder - everlastingly.

Dear Child! dear Girl! that walkest with me here,

If thou appear untouched by solemn thought,

Thy nature is not therefore less divine:

Thou liest in Abraham's bosom all the year,

And worship'st at the Temple's inner shrine,

God being with thee when we know it not.

 

William Wordsworth

(1770-1850)

 

 

C'est un beau soir, calme et libre ;

Moment sacré, paisible comme une religieuse,

Souffle coupé d'adoration ; le soleil ample

Se couche dans la quiétude ;

Le ciel très doux se recueille sur la mer :

Écoutez ! le Tout-puissant est éveillé,

Et fait, avec son mouvement sans fin,

Un bruit comme le tonnerre, éternellement.

Chère enfant ! Chère fillette ! Tu marches ici avec moi,

Tu sembles ne pas ressentir de pensée solennelle,

Mais ta nature n'en est pas moins divine :

Ta demeure est dans le sein d'Abraham, tous les jours de l'année,

Et le culte, tu le rends au sanctuaire le plus secret du Temple ;

Dieu est avec toi, pourtant nous l'ignorons.

 

(traduction Bernard Cassaigne)

 

 

 

On trouvera aisément des informations sur le poète romantique Wordsworth. Sur Internet il y en a en français et surtout en anglais, comme cette notice ; visitez aussi le site de Dove Cottage dans le Lake District.

Le poème "It is a beauteous evening…", très connu, est souvent analysé (toujours en anglais) de façon utile mais parfois élémentaire ; regardez ici ou .

On lira aussi l'étude plus savante, dans Wikipedia, avec ses multiples références. On ne manquera pas de se reporter à l'analyse que fait Cleanth Brooks du début du poème.

La traduction respecte le caractère religieux de ce sonnet. Une expression comme "le sein d'Abraham" peut surprendre le lecteur français d'aujourd'hui. Elle est employée dans la Bible (Luc 16 : 22) ; c'est l'expression utilisée dans la version de Louis Segond. Cela désigne, pour faire court, ce lieu intermédiaire (quelquefois appelé les limbes) entre l'Enfer et le Paradis, dont il est souvent l'antichambre, en particulier pour les enfants. 

Deux mots du contexte biographique. En août 1802, avec la Paix d'Amiens, Wordsworth revient en France. Sa sœur Dorothy voyage avec lui. A Calais, il retrouve celle qu'il a aimée, Annette Vallon et Caroline, 9 ans, la fille qu'il a eue avec elle et qu'il n'a jamais vue. La guerre entre la France et l'Angleterre a causé cette séparation. Wordsworth va se marier avec son amie d'enfance Mary Hutchinson, et ce voyage vient pour essayer de mettre de l'ordre dans le passé.

L'enfant qui apparaît dans le sonnet est cette fillette, Caroline, avec laquelle il marche sur la plage.

Sur le versant français (ligérien, on peut dire, car cela se passait à Blois et à Orléans) de la vie de Wordsworth, on lira l'étude d'Émile Legouis : William Wordsworth and Annette Vallon (en anglais), ancienne (Dent, 1922) mais souvent rééditée. L'exemplaire de l'Université de Californie est accessible en entier sur archive.org. C'est un vrai bonheur de le lire. On y trouve ce portrait présumé d'Annette Vallon.

Wordsworth--William--Annette-Vallon.jpgUne émission d'Owen Sheers (A poet's guide to Britain) sur la chaîne Radio 4 de la BBC en juin 2009, autour du célèbre sonnet Upon Westminster Bridge, écrit également en 1802, évoque ce voyage en France. La BBC nous propose cette image de la plage de Calais où le père et la fille ont cheminé.

BBC, Calais BeachWilliam Wordsworth reverra sa fille une dernière fois en octobre 1820. Caroline Baudouin, (c'était son nom d'épouse), était alors mère de deux petites filles. Wordsworth eut beaucoup de plaisir, nous dit Legouis, à montrer à sa petite-fille qui allait avoir 4 ans, la ménagerie du Jardin des Plantes. Elle s'appelait Louise Marie Caroline Dorothée (tous les prénoms ont leur importance).

L'auteur de ces lignes a cherché en vain le tombeau d'Annette et de Caroline au cimetière du Père Lachaise, dans la 57e division. Il essaiera encore.

 

A few lines in English, since some googling has brought you here. You are on the blog of Vouvray Public Library. Welcome to you all !

Vouvray is a village on the banks of the river Loire. More than 200 years ago, Wordsworth fell in love with a girl who lived in Blois, a town some 50 miles upstream. She was called Annette Vallon. They had a daughter, called Caroline, Wordsworth's first child. William and Annette were separated by the war between France and England. Wordsworth took the opportunity of the Peace of Amiens to travel to France, with his sister Dorothy, and met his daughter for the first time. She was 9. The poem you have read is about an evening on Calais beach and the emotion of the poet at last united with his child.

You will find all this (and more) in a book written (in English), in 1922, by a Frenchman, Emile Legouis. It is fairly easy to find it, an almost complete version (the pictures are absent) is on archive.org.

And read also the historical novel by the American author James Tipton: Annette Vallon, a novel of the French Revolution (2008). The author has a very complete web site. Read in particular his answers in the FAQ section.

The poem It is a beauteous evening… is often analysed. To start with, by James Tipton in his essay Annette Vallon and the poetry of William Wordsworth. See also the study on Spark Notes. And why don't you read the Wikipedia page?

See you!

 

BC

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