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28 juin 2012 4 28 /06 /juin /2012 11:51

Ich weiß nicht was soll es bedeuten,
Dass ich so traurig bin;
Ein Märchen aus alten Zeiten,
Das kommt mir nicht aus dem Sinn.

Die Luft ist kühl und es dunkelt,
Und ruhig fließt der Rhein;
Der Gipfel des Berges funkelt
Im Abendsonnenschein.

Die schönste Jungfrau sitzet
Dort oben wunderbar;
Ihr goldenes Geschmeide blitzet,
Sie kämmt ihr goldenes Haar.

Sie kämmt es mit goldenem Kamme
Und singt ein Lied dabei;
Das hat eine wundersame,
Gewaltige Melodei.

Den Schiffer im kleinen Schiffe
Ergreift es mit wildem Weh;
Er schaut nicht die Felsenriffe,
Er schaut nur hinauf in die Höh.

Ich glaube, die Wellen verschlingen
Am Ende Schiffer und Kahn;
Und das hat mit ihrem Singen
die Lorelei getan.

 

Heinrich Heine

Lorelei, Heinrich Heine, 1829

J’ignore d’où me vient, soudaine,
Cette tristesse qui m’envahit
Un conte, une vieille rengaine
Ne veut plus quitter mon esprit.

 

L’air est frais dans le soir qui tombe
Et le Rhin coule si tranquille
Le sommet de la montagne sombre
Le soleil couchant l'illumine.

 

La plus belle jeune fille est assise
Tout là-haut, merveilleuse,
Sa parure d’or scintille
Elle peigne ses cheveux d’or, heureuse.

 

Elle les coiffe d’un peigne d’or
En s’accompagnant de son chant
Et sa mélodie, son trésor,
Nous plonge dans un doux tourment.

 

Le marin, dans son frêle esquif,
Sent son cœur saisi de langueur
Et n’aperçoit plus les récifs
Les yeux levés vers les hauteurs.

 

Je crois bien qu’à la fin les vagues
Engloutissent marin et barque
Et le sort, cette grande lame,
C'est le chant de la Lorelei.

 

 

(Essai de traduction de Martin Greslou, cité par Wikipédia. Peut être chanté sur l'air de Dans l'eau de la claire fontaine, de Brassens.)

 

Le poème, écrit par Heine en 1824, a été mis en musique en 1837 par Friedrich Silcher et ce chant est célèbre en Allemagne. En cliquant ici on en écoutera la très belle interprétation par Richard Tauber (enregistrement fait à Londres, en 1939). Et en cliquant , par le ténor Peter Seiffert en 2011, et même par Mireille Matthieu en cliquant ici.

Sur Heine lisez la notice en français dans Wikipédia, ou celle en allemand dans la même encyclopédie, tout à fait remarquable.

Voyez ici la notice sur le rocher de la Lorelei ; on y trouvera diverses traductions en français du poème.

Voici une photo ancienne du rocher.

Lorelei, le rocher, vue ancienne

Elle provient du livre John Lawson Stoddard's Lectures (Volume 13), édité en 1912 chez George L. Shuman & Co.

Voyez les nombreuses représentations de la légende. En voici une image traditionnelle, souvent reproduite depuis la fin du 19e siècle.

Lorelei--Hoffmann.jpg

 

Et le poème d'Apollinaire ? Il suit la légende écrite en 1801 par Clemens Brentano dans sa ballade Zu Bacharach am Rheine. Le voici ; on le trouve dans Alcools, (Rhénanes), poème écrit en 1902 et publié en 1904.

 

A Bacharach il y avait une sorcière blonde
Qui laissait mourir d'amour tous les hommes à la ronde

Devant son tribunal l'évêque la fit citer
D'avance il l'absolvit à cause de sa beauté

O belle Loreley aux yeux pleins de pierreries
De quel magicien tiens-tu ta sorcellerie

Je suis lasse de vivre et mes yeux sont maudits
Ceux qui m'ont regardée évêque en ont péri

Mes yeux ce sont des flammes et non des pierreries
Jetez jetez aux flammes cette sorcellerie

Je flambe dans ces flammes Ô belle Loreley
Qu'un autre te condamne tu m'as ensorcelé

Evêque vous riez Priez plutôt pour moi la Vierge
Faites-moi donc mourir et que Dieu vous protège

Mon amant est parti pour un pays lointain
Faites-moi donc mourir puisque je n'aime rien

Mon coeur me fait si mal il faut bien que je meure
Si je me regardais il faudrait que j'en meure

Mon coeur me fait si mal depuis qu'il n'est plus là
Mon coeur me fit si mal du jour où il s'en alla

L'évêque fit venir trois chevaliers avec leurs lances
Menez jusqu'au couvent cette femme en démence

Va t'en Lore en folie va Lore aux yeux tremblants
Tu seras une nonne vêtue de noir et blanc

Puis ils s'en allèrent sur la route tous les quatre
La Loreley les implorait et ses yeux brillaient comme des astres

Chevaliers laissez-moi monter sur ce rocher si haut
Pour voir une fois encore mon beau château

Pour me mirer une fois encore dans le fleuve
Puis j'irai au couvent des vierges et des veuves

Là-haut le vent tordait ses cheveux déroulés
Les chevaliers criaient Loreley Loreley

Tout là-bas sur le Rhin s'en vient une nacelle
Et mon amant s'y tient il m'a vue il m'appelle

Mon coeur devient si doux c'est mon amant qui vient
Elle se penche alors et tombe dans le Rhin

Pour avoir vu dans l'eau la belle Loreley
Ses yeux couleur du Rhin ses cheveux de soleil

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