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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 19:39

Jean Anouilh aurait 100 ans cette année. Nous avons quelques-unes de ses œuvres à la BMV, pas suffisamment pour cet auteur prolifique, mais cependant assez représentatives. Parmi elles Colombe (1951).

On ne lit pas beaucoup le théâtre, sauf peut-être pour le bac, 15 jours avant l'épreuve. C'est dommage.

Cette fois, 2 151 000 téléspectateurs (d'après les mesures d'audience) ont vu sur France 2, Colombe, retransmise en direct depuis la Comédie des Champs-Elysées. Leurs raisons étaient sans doute diverses. L'une d'elles était de voir des comédiens connus (Anny Duperey, sa fille Sara Giraudeau, Rufus, etc.). La pièce est jouée depuis février, la dernière est prévue le 30 mai.

 

Affiche-de-Pascale-Bordet-pour-Colombe--2010-.jpg

 

Le sujet est simple : Colombe, jeune et belle, est confiée à sa belle-mère Madame Alexandra, actrice célèbre et adulée, pendant que son mari Lucien part à l'armée, pour trois ans. Nous sommes vaguement au 19e siècle. Il y a plusieurs allusions à Marie Dorval (morte en 1849) ; dans le texte imprimé, Anouilh parle plutôt de Sarah Bernhardt et de Réjane et situe l'action à la Belle Epoque. Cette différence n'a pas grande importance, car c'est d'abord une pièce sur le théâtre.

Une cour obséquieuse entoure Madame Alexandra. Il y a en particulier "Poète-Chéri", l'Académicien Louis Robinet, qui écrit (en vers) des pièces ridicules où son égérie est mise en valeur. Et il fournit des becquets, c-à-d des raccords, qui donnent à Anouilh l'occasion d'ironiser sur un style qui a fait son temps.

Colombe devient actrice, les hommes font la cour à l'ingénue qui sait, d'instinct, les tenir à distance. Parmi eux, plus heureux, le jeune Armand, deuxième fils de Madame Alexandra et demi-frère de Julien. Tous sont fats et superficiels et fournissent à Anouilh les clichés que l'on attend du théâtre de boulevard, avec les bons mots et les développements attendus sur le mariage et l'adultère. Ainsi la "scène des cocus" au début du 3e acte, fait toujours rire, même au 21e siècle des polyamours (cf Magazine du Monde, 17/04/2010). C'est du boulevard, quoi.

Les spectateurs rient bien, mais ce n'est pas tout, car l'auteur veut aussi nous dire autre chose. Le théâtre est sans doute une parodie de la vie, mais nous comprenons, avec une scène au comique de farce de "théâtre dans le théâtre", que ce n'est pas ce qui compte. Le théâtre donne la force de vivre, et d'abord aux comédiens.

Et au-delà de la caricature, il y a la société bourgeoise et les nantis. Des clichés là aussi ? Pas si sûr ; les maris et amants de Madame Alexandra, ces millionnaires des chemins de fer ou ceux qui sont "englués" dans leur sucre et "leurs tas de billets de mille" préfigurent les privilégiés du CAC 40.

Certes l'émancipation que trouve Colombe dans le théâtre n'est pas une véritable émancipation. Les femmes devront attendre encore longtemps avant de connaître un commencement de liberté.

En ce qui concerne l'intrigue de la pièce, on ne dira pas ici comment Lucien, nouvel Alceste, vit l'infidélité et la libération de Colombe. Des mots qui font mal sont échangés. Du rire sans doute, mais aussi de l'amertume. Anouilh, par la longue scène onirique de la fin, où Julien revoit le passé, tire la pièce vers la poésie. Michel Fagadau, le metteur en scène, a réduit cette scène finale à une allusion. Il a souligné la différence entre la vie et le théâtre, notamment en mettant en valeur, de façon spectaculaire, les changements de décor. Coupés dans la version télévisée, ils se font à vue à la Comédie des Champs-Elysées.

 

Outre Colombe, on trouvera aussi sur les étagères de la BMV : Antigone (1944), notes sur Antigone ("Profil d'une œuvre" chez Hatier), L'Alouette (1953), Cher Antoine (1969), La Grotte (1961), Le rendez-vous de Senlis (1937) et Léocadia (1939), Le voyageur sans bagages (1937) et Le bal des voleurs (1932).

 

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