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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 21:54

       Samedi 18 septembre, pour les "Journées Européennes du Patrimoine", j’ai, pour la BMV, présenté le monument à Charles Bordes sur le mur de l’église de Vouvray, et parlé au cimetière dans la partie centrale, là où les "notables" sont enterrés.

       Au cours d’une reconnaissance, quelques jours plus tôt, j’ai remarqué la disparition d’une dalle dans le tombeau de la famille Bordes et je l’ai aussitôt signalée à la Mairie.

       Sur cette dalle et son inscription, j’avais écrit (le 26 novembre 2009) un paragraphe dans le bulletin "Charles Bordes vu de Vouvray" que j’envoyais aux mélomanes et aux curieux. Le voici, il porte le même titre que ce billet.

 

            La tombe de la famille Bordes-Bonjean au cimetière de Vouvray, contient un mystère que je ne suis pas parvenu à élucider complètement : sur le côté Nord, au sol, une plaque brisée et difficilement déchiffrable. L'inspiration et la lumière changeantes aidant, on parvient à reconstituer le destin de Jeannette ; c'est le prénom qu'on peut lire. Quant au nom, il est rendu illisible par de multiples cassures. La fin est plus nette. Cette pierre brisée est aussi un émouvant témoignage sur Charles Bordes et sa famille.

Jeannette les a servi pendant 50 ans ; en marque de reconnaissance, les Bordes-Bonjean ont acheté une concession et fait graver cette plaque que je déchiffre.

Je lis 1880 comme date de son décès, mais je dois me tromper. Le registre d'état-civil (je lis aussi qu'elle serait morte à Vouvray), pour cette année-là, ne connaît pas de Jeannette. Peut-être ce nom n'était-il qu'un nom d'usage, ce qui était fréquent à l'époque. De plus savants en épigraphie et généalogie élucideront le mystère.

            La Bellangerie, frappée par le phylloxéra après la mort de Frédéric Bordes, avait été vendue en 1879, sa valeur très diminuée. On sait que Charles Bordes dut rapidement aller travailler à la Caisse des Dépôts et Consignations pour vivre et financer ses études musicales. Cette coïncidence entre la fin de la Bellangerie, le départ de Vouvray et la mort de Jeannette a quelque chose de particulièrement émouvant. Mais peut-être je me trompe sur la date.

           Il n'est pas rare que les familles bourgeoises de cette époque veillent sur la sépulture de leurs vieux serviteurs. Voici cette pierre, qui nous parle directement :

 Ici repose / Jeannette  …nol / à Vouvray le … … 1880 / … Dieu pour elle / Famille Bordes-Bonjean / Son  … de 50 années / … dévouement … qui elle / a acquis cette concession et a fait graver cette pierre / à la Mémoire de cette fidèle servante.

        On pense bien sûr aussitôt à "la servante au grand cœur". Charles Bordes était lecteur de Baudelaire ; nous le savons grâce à Bernard Molla qui cite dans sa thèse (vol. 3, p. 30) cette lettre où Bordes parle d'une mélodie en cours sur un sonnet du poète. Elle reste inédite. Mais nous connaissons  "O mes morts tristement nombreux…", le poème de Verlaine sur lequel Bordes, en 1903, a mis sa musique. C'est le dernier texte du poète sur lequel il a travaillé.

       La voix du poète, celle du musicien, sont indissociables :

                 Ô mes morts, voyez que déjà
                 Il se fait temps qu'aussi je meure.

       Charles Bordes est frappé par la maladie ; il a une attaque d'hémiplégie en décembre 1903 ; Alibert (Charles Bordes à Maguelonnne, pp. 17-18) le décrit : "Il faut… l'avoir entendu jouer au piano, de sa seule main valide, et comme par effleurement…" Il se réfugie à Montpellier mais voit bien ce qui est devant lui :

                 Aplanissez-moi le chemin,
                 Venez me prendre par la main.



       La pierre a disparu du "cimetière dans les vignes". La mémoire de "cette fidèle servante" reste vive.



BC

 

 

 

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