Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 09:33

Pour s’affirmer expert en ses travaux,
Qu’on soit poète ou marchand de fécule,
Certain précepte, et non des plus nouveaux,
Dit : faut peiner de l’aube au crépuscule,
Durant l’hiver, pendant la canicule,
Et honni soit le flemmard fanfaron
Qui devant l’âpre et dur labeur recule :
C’est en forgeant qu’on devient forgeron.

Le coryza gêne-t-il vos cerveaux,
Et, dégouttant de façon ridicule,
Vos nez sont-ils comme les nez des veaux ?
Faut vous moucher. – Aussitôt s’articule
A votre épaule une aile minuscule
Et, réduit à la taille d’un ciron,
En voltigeant dans les airs on circule :
C’est en mouchant qu’on devient moucheron.

Souhaitez-vous, des athlètes rivaux,
De vous montrer plus robustes qu’Hercule ?
Jalousez-vous la force des chevaux ?
Faut vous percher sur quelque monticule.
Muni soudain d’un poitrail majuscule
Et d’un fessier gros comme un potiron
On peut traîner le plus lourd véhicule.
C’est en perchant qu’on devient percheron.


Envoi

Lis donc ces vers, Prince, principicule,
Comte, marquis, duc, vidame ou baron.
En renonçant on devient renoncule.
C’est en lisant qu’on devient liseron.



Lucien Métivet

 

 

[Le site du Printemps des Poètes propose, dans sa section "Passeurs de poèmes" (où, comme on sait, "Ces textes sont libres de droits excepté pour tout usage commercial.") cette Ballade de l'invitation au travail, de Lucie ou Lucien Métivet (cette incertitude sur le genre, due au susdit Printemps, va être très vite levée…).  A l'époque où sont en gestation les bonnes résolutions, quoi de mieux que ce poème, dans son principe : l'invitation au travail n'est-elle pas la devise des bibliothécaires ? En outre, le dernier vers de l'envoi n'évoque-t-il rien à Vouvray ? et ailleurs, ô convolvulus ?

Dire que certains ne voient ici que des vers de mirliton ! Lisez un peu ce billet picard.

En lisant jusqu'au bout la fiche de cette ballade, on trouve que le texte est tiré de l'anthologie "L'humour 1900" (J'ai lu, éditions Ditis, Flammarion, 1963) et que, chez le Printemps des Poètes, il est dans l'édition 2009 pour le thème "Poèmes sur le(s) rire(s).

Essayons d'en savoir plus ; Google est là pour ça. Par le ying, la pratique du froid googling nous mènera à la chaleur du yang.

Lucien Métivet (ouais, c'est un mec, 1863-1932) a un peu écrit, mais c'était surtout un illustrateur ; on lui doit de nombreux dessins, pour Maupassant (par exemple Clair de lune en 1905), George Fourest ("tatouages" sur la Négresse blonde), Paul d'Ivoi (Les Cinq sous de Lavarède, édition de 1894, à voir sur Gallica), Édouard Drumond (pouah !), Pierre Louys (Les aventures du Roi Pausole chez Fasquelle en 1923), etc. Il a collaboré à des revues ; regardons ce dessin, généreusement mis à la disposition de tous par Wikipédia.


Metivet--Le-Rire--23-mai-1896--W-copie-1.JPG

On peut, pour terminer ce billet, rêver aux vacances avec cette affiche, proposée par Gallica, conçue par Lucien Métivet en 1907 ;

 

Metivet--Martigny-1907--Gallica.JPG

mais il convient mieux à un bibliothécaire d'évoquer un livre. Voici l'affiche réalisée en 1890 par Lucien Métivet pour des représentations de Cyrano de Bergerac.]

 

Metivet--Cyrano--1890--Gallica.JPG

Partager cet article

Repost 0

commentaires