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4 mai 2010 2 04 /05 /mai /2010 11:16

Nous n'aimons pas écrire des notices nécrologiques, ni dans ce blog, ni ailleurs. Pourtant quelquefois c'est nécessaire : curieusement cela nous aide à vivre.

 

alan sillitoe

 Le romancier britannique Alan Sillitoe est mort dimanche 25 avril à l'âge de 82 ans. La BMV ne possède rien de lui, mais cela sera bientôt réparé. Il a été peu traduit, mais ses œuvres incontournables existent en français.

Je l'ai un peu connu. Il était à Besançon dans les Journées d'étude de l'APLV (en septembre 1993). Invité par ma collègue Monique et par moi, il avait accepté de venir l'année suivante parler à nos lycéens, ses frais étant pris en charge par son éditeur, Harper Collins, qui le faisait aussi venir à Expolangues.

Il est donc venu à Tours en février 1994.

Alan Sillitoe est connu comme l'auteur du roman Saturday night and Sunday morning (Samedi soir et Dimanche matin) publié en 1958 et de la nouvelle The loneliness of the long distance runner (La solitude du coureur de fond) en 1959. Il est peut-être surtout connu pour les films tirés de ces œuvres par Karel Reisz et par Tony Richardson ; ces films semblaient inaugurer une ère du "cinéma élisabéthain". L'image de Tom Courtenay a marqué bien des consciences.

 

Tom Courtenay dans The loneliness...

 

Sillitoe était aussitôt classé comme un des "angry young men" (jeunes hommes en colère), mouvement littéraire ainsi nommé à partir de la pièce de John Osborne Look back in anger. Cette étiquette lui collait fort et a été réutilisée au moment de sa mort. Elle le mettait vraiment en colère. Il nous l'avait dit. Il écrivait beaucoup ; il était fier de vivre de sa plume. Des romans et des nouvelles bien sûr (peut-être une quarantaine d'œuvres de fiction), mais aussi de la poésie et même des livres pour enfants avec son chat Marmalade Jim. Mais ce sont ces livres écrits avant 1960 que l'on mentionne toujours. Il a été très peu traduit en français. Sa poésie, comme celle de sa femme Ruth Fainlight, pas du tout.

Il avait une modeste pension militaire à la suite d'une tuberculose contractée en Malaisie quand il était soldat au début des années 50. Passionné de morse qu'il pratiquait régulièrement depuis son passage aux télécommunications, il avait gardé un gadget, une machine à émettre les ti et les ta, et il avait ainsi salué les élèves surpris dans la grande salle F01 du Lycée Descartes.

Les Français ne connaissent pas les langues étrangères paraît-il. Et pourtant les élèves de première, de terminale et d'hypokhâgne ont suivi Alan Sillitoe pendant une heure, réagissant au quart de tour à ses plaisanteries et apprenant comment on écrit un roman, en regardant le monde autour de soi, en écoutant les gens parler et en laissant courir son imagination.

Certes la conférence était bien rodée ; Alan Sillitoe fit à peu près la même quelques jours plus tard à Expolangues, y compris les ti et les ta dont le sens était ensuite donné.

Au cours du déjeuner rue de la Scellerie avec Monique et des Inspecteurs Pédagogiques qui ne voulaient pas manquer l'occasion (ni la bonne chère), Alan Sillitoe a parlé de Balzac qu'il avait lu en anglais et qui pour lui incarnait la France. Il n'était guère loquace sur ses contemporains anglais, mais il aimait Charles Palliser, pour son roman The Quincunx (Le Quinconce) et sa recréation de l'univers complexe du 19e siècle.

On a vu dans La solitude du coureur de fond l'opposition entre l'ordre établi, ici un lycée huppé (public school) et ses jeunes bourgeois, et un borstal (équivalent évolué d'une maison de redressement, un super-Mettray, quoi) ou les jeunes de la classe ouvrière, déscolarisés, sont proches de la délinquance. C'est "them" (eux) "and us" (et nous). Ce n'est pas aussi simple.

Nottingham, sa ville, où sont situés de nombreux romans, est toujours un lieu d'affontement et de révolte. Et d'ailleurs, jadis, c'est là que Robin des bois agissait pour la défense des démunis. C'est aussi le pays de D.H. Lawrence. Alan Sillitoe est dans le droit fil de cette tradition de révolte anarchiste, d'aspiration à la justice et de libération.

 

BC

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